Cycle de conférences 2019 – 2020 : Trésors de Richelieu

BNF

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La Bibliothèque nationale de France, l’Institut national d’histoire de l’art et l’École nationale des chartes organisent la 9e édition du cycle les Trésors de Richelieu, où conservateurs, chargés de collections, historiens de l’art, du spectacle, de la mode, de la musique, de la littérature et spécialistes des textes partagent leurs savoirs avec un plus large public. À chaque conférence, des œuvres d’art, des manuscrits, des costumes ou des partitions musicales sortent exceptionnellement des magasins de la BnF, de l’INHA et de l’ENC pour être présentés en direct à l’aide d’une caméra, qui en reproduit les plus infimes détails sur le grand écran de l’auditorium de la galerie Colbert.

Programme

17 décembre 2019 : ouverture du cycle par Michelle Bubenicek, directrice de l’ENC, Laurence Engel, présidente de la BnF et Éric de Chassey, directeur de l’INHA

17 décembre 2019 : Des fascicules de L’Ami du peuple tachés du sang de Marat

  • Philippe Charlier, directeur du département de la recherche et de l’enseignement, musée du Quai Branly-Jacques Chirac
  • Corinne Le Bitouzé, directrice-adjointe, département des Estampes et de la photographie, BnF

Le 13 juillet 1793, Jean-Paul Marat tombait sous les coups de Charlotte Corday. On connaît la scène : l’homme politique, malade, allongé dans sa baignoire, une tablette installée devant lui recouverte de papiers qui se tachent peu à peu de son sang. Devenues des reliques, quelques-unes de ces feuilles se trouvent aujourd’hui dans les collections du département des Estampes et de la photographie de la BnF. La provenance de ces documents exceptionnels, jusque-là uniquement attestée par des mentions manuscrites, a pu récemment être confirmée, grâce à des méthodes d’analyses, similaires à celles utilisées par la police scientifique.

14 janvier 2020 : Le Douzième Coup de minuit (1932), un manuscrit au service du « théâtre invisible »

  • Pascal Lécroart, professeur à l’université de Franche-Comté
  • Jean-Baptiste Raze, département des Arts du spectacle, BnF

À la fin des années 1920, le développement technique de la radio et l’élargissement de son public conduisent à l’idée d’un art spécifiquement radiophonique. Influencé par le théâtre, la musique et le cinéma, il produit, en 1929, un premier chef-d’œuvre à dimension internationale : Le Vol de Lindbergh de Bertolt Brecht, Kurt Weill et Paul Hindemith. En France, le groupe théâtral d’avant-garde Art et Action, animé par Édouard Autant et Louise Lara, présente, en décembre 1933, Le Douzième Coup de minuit sur un « poème orchestral » de Carlos Larronde, avec une musique d’Arthur Honegger. Diffusée deux fois à la radio et jouée en version de concert, cette production prestigieuse donne lieu à une valorisation exceptionnelle à travers la réalisation d’un manuscrit superbement calligraphié et d’un enregistrement, destinés à servir de modèle pour la postérité. La conservation de ces pièces remarquables dans le fonds Art et action du département des Arts du spectacle de la BnF permet aujourd’hui d’appréhender la valeur patrimoniale singulière de cette œuvre, alors que les ambitions initiales d’un art radiophonique sont oubliées et que la postérité a relégué hors de nos mémoires cette réalisation.

28 janvier 2020 : La carte d’Italie de Jean-Baptiste d’Anville : prémices d’une nouvelle cartographie

  • Lucile Haguet, conservatrice à la Bibliothèque du Havre
  • Catherine Hofmann, département des cartes et plans, BnF

Dans la première moitié du siècle, la cartographie de l’Europe est dans une situation très inégale, l’Italie faisant partie des pays mal dotés. À quarante-six ans, protégé des ducs d’Orléans, d’Anville est reconnu par ses pairs, mais n’a pas encore atteint la reconnaissance académique. Sa méthode de travail et son érudition l’autorisent à penser qu’il est en mesure d’améliorer la cartographie du globe. Il projette de réaliser dix-huit cartes pour former un nouvel atlas universel. C’est dans ce contexte qu’il publie une nouvelle carte de l’Italie (1743) et rédige un ouvrage de plus de trois cents pages, l’Analyse géographique de l’Italie (1744), qui justifie les nouveaux contours qu’il donne à la péninsule, mais invite aussi le lecteur à se projeter dans un projet plus vaste de remaniement de la représentation du monde. La carte d’Italie est donc le fer de lance d’un projet scientifique et commercial. En comblant radicalement le retard cartographique italien, d’Anville espère être reconnu comme le plus grand géographe de son temps.

25 février 2020 : le manuscrit de Nadja d’André Breton (NAF 28930), acquis en 2017

  • Jacqueline Chénieux-Gendron, directeur de recherche émérite au CNRS
  • Olivier Wagner, département des manuscrits, BnF

Retiré au manoir d’Ango sur le littoral normand au cours du mois d’août 1927, André Breton y écrivit l’un de ses plus beaux textes, Nadja. Le manuscrit autographe de cette œuvre, longtemps réputé perdu, était conservé depuis 1928 dans des collections privées. Joyau de la bibliothèque de Pierre Bergé, ce manuscrit a été acquis par la BnF en 2017 après son classement comme trésor national. Ayant récemment fait l’objet d’une édition sous forme de fac similé, le manuscrit original sera exceptionnellement montré et commenté, accompagné de documents inédits récemment acquis par la BnF. On retrouve au fil de ces pages la genèse d’une œuvre historique, où une écriture en tension se met au service d’une interrogation vertigineuse : « Qui suis-je ? »

3 mars 2020 : Un manuscrit de la Renaissance. Le Missel de Jacques de Beaune

  • Maxence Hermant, département des Manuscrits, BnF
  • Eric Bazin, département de la Conservation, BnF
Missel de Jacques de Beaune

Réalisé peu avant 1511 pour Jacques de Beaune, trésorier de la reine Anne de Bretagne, doyen du chapitre de Saint-Gatien et administrateur de l’archevêché de Tours, le somptueux et imposant Missel de Jacques de Beaune est un des chefs-d’œuvre de la Renaissance française. Enluminé par le peintre du roi Jean Bourdichon et le Maître de Claude de France, il a été doté au milieu du xvie siècle d’une reliure de maroquin à grand décor sur laquelle Nicolas II Fumée, abbé de Beaulieu-lès-Loches, a fait poser un semé de ses initiales. Resté longtemps confidentiel en raison de sa fragilité et de son état, ce manuscrit peut désormais être présenté au public à la faveur d’une importante et récente restauration.

10 mars 2020 : Merveilleuses et ordinaires : les vues d’optique de la bibliothèque de l’INHA

  • Anne-Elisabeth Buxtorf, directrice du département de la Bibliothèque et de la documentation, INHA
  • Johanna Daniel, chargée d’études et de recherches au département des Études et de la recherche, INHA
© bibliothèque de& l’INHA

Visionnée à travers la lentille d’une boîte d’optique ou d’un zograscope, les vues d’optique offrent le spectacle – en relief et en couleurs – des plus remarquables paysages urbains du siècle des Lumières, du château de Versailles aux temples de la Chine, des canaux d’Amsterdam à SaintPierre de Rome. Objet d’une production et d’une diffusion massive à partir de 1750, ces estampes conquièrent rapidement un large public, devenant à la fois un divertissement de salon, un objet de collection et une attraction populaire. La bibliothèque de l’INHA possède un ensemble de plus de 600 vues d’optique, dont la quantité comme la qualité permet d’explorer tout un pan de la culture visuelle des hommes et des femmes de la seconde moitié du xviiie siècle et des premières décennies du xixe siècle. La conférence permettra de partir à la découverte de ces objets autrefois banals aujourd’hui insolites et d’en dévoiler quelques secrets.

24 mars 2020 : Les vues d’Italie et d’Orient par les frères Piranèse [ca1801-1802]

  • Annie Gilet, conservateur en chef honoraire, musée des BeauxArts de Tours
  • Sophie Guérinot-Nawroki, BnF, Bibliothèque de l’Arsenal

Peintre et dessinateur talentueux, Louis-François Cassas voyagea en Italie et en Orient à la fin du xviiie siècle et en rapporta de nombreux croquis. Rentré à Paris, il participa à la publication du Voyage pittoresque de la Syrie, de la Phénicie, de la Palestine et la BasseAegypte, par La Porte du Theil, Legrand et Langlès en 1799 et du Voyage pittoresque de l’Istrie et de la Dalmatie par Lavallée en 1802. Une cinquantaine de ses dessins furent gravés et peints dans l’atelier de chalcographie des frères Piranèse pour constituer un ensemble de vues, dont la bibliothèque de l’Arsenal possède l’une des rares collections presque complètes. Ces estampes aux couleurs chatoyantes, parfois montées sur châssis, offrent au regard de somptueux panoramas des sept collines de Rome, des ruines antiques de Sicile et de Grèce, des monuments d’Égypte et d’Asie Mineure, mêlant avec précision et délicatesse architecture et scènes de vie aux paysages méditerranéens.

21 avril 2020 : Le trésor de Saint-Ouen-du-Breuil, exemple des largesses impériales

  • Paul van Ossel, professeur émérite des universités (Université Paris-Nanterre)
  • Dominique Hollard, département des monnaies, médailles et antiques, BnF

Lié à une implantation germanique de la seconde moitié du ive siècle, le trésor de monnaies et médaillons d’or et d’argent de Saint-Ouen-du-Breuil (Seine-Maritime) réunit les témoins de distributions impériales sur un quart de siècle. Il nous permet d’approcher l’univers des soldats et officiers germains de l’entourage des empereurs.

28 avril 2020 : La cité des morts, sur les pas des archéologues en Libye

  • Morgan Belzic, chargé d’études et de recherches au département des Études et de la recherche, INHA
  • Juliette Robain, conservateur au département de la Bibliothèque et de la documentation, INHA

En 1864, les explorateurs britanniques Smith et Porcher publiaient une relation de leur voyage et de leurs fouilles en Cyrénaïque dans un ouvrage fondamental pour la recherche archéologique, History of the Recent Discoveries at Cyrene. À mi-chemin entre la tradition du récit de voyage, le rapport de fouille, le document militaire et l’ouvrage d’histoire, ses abondantes illustrations, lithographies, gravures et photographies, documentent en particulier l’un des sites archéologique majeurs de Méditerranée, la nécropole de Cyrène. Un cimetière plus large qu’une ville, aujourd’hui menacé, heure après heure, par les pilleurs de tombes et les bulldozers. Entrer dans l’histoire de ce livre, explorer son contenu, c’est aussi évoquer le rôle du fonds archéologique de la bibliothèque de l’INHA et ses apports pour la recherche et la préservation du patrimoine.

12 mai 2020 : L’Imprimeur et le Roi : le Nouveau Testament grec (1550)

  • Christine Bénévent, professeur d’histoire du livre, ENC
  • Fabienne Le Bars, département de la réserve et des livres rares, BnF

Donner accès au texte biblique, revenir aux sources : ces deux enjeux majeurs animent les controverses religieuses du xvie siècle. C’est dans ce contexte que Robert I Estienne (1503 ?-1559) publie en 1550 un Nouveau Testament grec « ex bibliotheca regia », établi d’après les manuscrits grecs présents dans les collections royales auxquels renvoie un apparat critique. Cette édition, imprimée avec les « Grecs du roi » gravés par Claude Garamond, passe pour la plus remarquable, tant par sa qualité textuelle que par son élégance typographique, du grand imprimeur humaniste parisien, bientôt contraint à l’exil genevois en raison de ses sympathies pour la Réforme. L’exemplaire offert par Estienne à Henri II, dans une reliure exceptionnelle qui la classe parmi les plus spectaculaires de la Renaissance française, est un témoin extraordinaire des efforts consentis au service d’une impossible conciliation.

26 mai 2020 : L’Appassionata de Beethoven (conférence concert)

  • Alain Planès, pianiste
  • Jérôme Fronty, département de la musique, BnF

La sonate pour piano n° 23 en fa mineur opus 57 est une œuvre représentative de la période dite « héroïque » de Beethoven, celle de la Cinquième symphonie ou de Fidelio. D’emblée reconnue comme un sommet du répertoire pianistique, elle doit son surnom à l’invention posthume d’un éditeur. Mais ses audaces formelles rejoignent singulièrement l’apparence matérielle du manuscrit, les circonstances dans lesquelles celui-ci nous est parvenu, et les thèmes qu’on y entend. Qu’on y lise un tribut à l’esprit du « Sturm und Drang », ou fasse fond d’une référence supposée du génie de Bonn à La Tempête shakespearienne, en tournant les pages de la partition on suit aussi les traces d’un orage survenu sur la route de Vienne en 1806. Pour illustrer et prolonger le cours de cette pensée musicale, la sonate sera restituée au pianoforte.

Informations pratiques

  • Entrée libre
  • 18h15 – 19h30
  • Auditorium de la galerie Colbert
  • 2 rue Vivienne, Paris 2e
  • Programmation & organisation Charlotte de Foras (ENC), Fieschi (INHA), Muriel Couton (BnF), Gennaro Toscano (BnF)

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