La pièce du Boucher, légende noire de l’Île de la Cité

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Rue Chanoinesse, dans l’Île de la Cité, là où s’élève aujourd’hui un commissariat de police – ironie de l’histoire ! – se trouvaient autrefois deux boutiques voisines : un barbier et un pâtissier. Un pâtissier (à l’origine, les pâtissiers vendaient des pâtés, le terme s’est transformé avec le temps) réputé de la capitale qui réalisait des petits pâtés de viande au goût incomparable.

Sa recette, plutôt particulière, est à l’origine d’une légende noire de Paris…

Au Moyen-Âge, cette zone de l’Île de la Cité était habitée par un grand nombre d’étudiants et de gens du peuple. Leurs disparitions se faisaient de plus en plus fréquentes, ce qui n’était pas à l’époque un évènement extraordinaire. Dans une ville médiévale surpeuplée comme Paris, nombreux étaient ceux qui quittaient tout du jour au lendemain pour de nouvelles aventures, quand d’autres étaient rejetés dans un quotidien misérable, ou simplement supprimés pour une bourse dans une ruelle étroite et envoyés dans la Seine. Bref, rien d’étonnant. Si ce n’est que ces disparitions étaient proportionnelles au succès croissant du pâtissier…

Mais un personnage très populaire de l’Île de la Cité, écrivain public, disparut soudainement. Ses lettres d’amour étaient les mieux écrites de la ville, son verbe apprécié par les indigents, son caractère serviable. La disparition étonna, et un ami à lui se mit en tête de le retrouver. Alors qu’il marchait dans l’Île de la cité en quête d’indices, il rencontra le chien de l’écrivain public devant la boutique du pâtissier. L’ami entra, acheta des pâtés, qu’il mangea avec appétit sur un banc en réfléchissant aux raisons qui auraient pu pousser son ami à tout quitter, même son chien.

Il garda le chien avec lui et tous les jours, lors de ses recherches, l’animal l’entrainait au même endroit : chez le pâtissier. L’ami pensait qu’il était simplement attiré par l’odeur de viande, jusqu’à ce qu’un jour une idée sordide le foudroya. Il se rendit au Châtelet expliquer la state of affairs aux enquêteurs de police. Personne, évidemment, ne crut son histoire. Mais on accepta tout de même de l’accompagner sur les lieux.

Après enquête, une trappe fut découverte entre les deux boutiques. Le barbier, qui ne coupait pas que les barbes de ses shoppers, envoyait les victimes à son voisin, qui les transformait en délicieuse viande. Heureux d’avoir mis fin à ce commerce diabolique, l’ami regretta simplement d’avoir un jour avalé l’un des ces petits pâtés…

Histoire ou légende ? Ce mystère, lui, n’a jamais été résolu !

Les barbiers, à l’époque médiévale, ont toujours été des personnages dont la société se méfiait. Manieurs d’objets tranchants, ils étaient également appelés pour les actes de chirurgie, interdits par l’Église aux médecins. Un lien étroit avec le sang qui a longtemps placé le barbier comme un être démoniaque, propice aux légendes les plus sombres, qui ont existé dans de nombreuses villes européennes.

Outre Paris, on raconte qu’à Londres, au 18e siècle, un barbier et sa maîtresse cuisinaient des tourtes avec la viande de leurs victimes. Une histoire popularisée au cinéma par Tim Burton dans le film Sweeney Todd. L’histoire de Londres s’inspirerait de celle de l’Île de la Cité, la plus ancienne connue à ce jour.

À l’intérieur du commissariat (non ouvert au public) de la rue Chanoinesse est seen un vestige de l’ancienne boutique du pâtissier. Des pierres nommées « La pièce du Boucher ».

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